Davenport

Et me revoilà cette nuit à Davenport et je noie ma question dans le Mississippi … je n’entends plus le fleuve se couler dans le temps, ni la lune qui émerge de l’ombre de la terre, je vois seulement l’eau qui jamais ne se répète. C’est tellement difficile de regarder le Monde et le fond…

L’été

Despotique, pesant, incolore, l’Été, Comme un roi fainéant présidant un supplice, S’étire par l’ardeur blanche du ciel complice Et bâille. L’homme dort loin du travail quitté.  L’alouette, au matin, lasse n’a pas chanté. Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse. Où ride cet azur implacablement lisse Où le silence bout dans l’immobilité. L’âpre…

Vents

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde. De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte, Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille, En l’an de paille sur leur erre…Ah! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !…

sur une vague

Je ne suis pas vraiment enclos dans la vie aux barrières vagues, souvent je tombe, parfois, héros de l’immobile, sur une vague je reste, toute une seconde. Henri Thomas Le Monde absent Gallimard, 1944 Kim Em Joong

Midi le muet

Midi le muet L’olivier mûrit son huile ; La vigne mûrit son vin. Les fourmis transportent leurs vivres Le long d’un muret herbeux La campagne à perte de vue Tait sa joie d’être François Cheng Quand les âmes se font chant (cantos toscans) Ed Bayard, 2014   peintures: Kim En Joong

La cible

  Ils fermaient leur œil non viseur et alignaient la cible et choisissaient un point précis et ajustaient le tranchant de la lame au cran de mire arrière avec tous les viseurs droits et laissant un fil blanc ils tiraient. Mais rataient. Ils sont arrivé à tuer Muhamad El-Hayk, 24 ans, et à blesser sévèrement…

Les yeux plongés

Port d’Alon, St Cyr-les-Lecques 15 mai 2017 Hier au-dessus de la mer Avec toi cheminant – saisissant sur mon écran en même temps : Au risque de me prendre un pin Ou de trébucher sur une pierre Emporté par une racine…. Plaques d’algues Noir forestières Sablé turquoise Du cameauflage Subaquatique Reflets écaillés Verts-entre-deux Frises d’écume…

L’homme approximatif

les cloches sonnent sans raison et nous aussi les soucis que nous portons avec nous qui sont nos vêtements intérieurs que nous mettons tous les matins que la nuit défait avec des mains de rêve ornés d’inutiles rébus métalliques purifiés dans le bain de paysages circulaires dans les villes préparées au carnage au sacrifice près…

Miroirs

Miroirs : ce qu’essentiellement vous êtes, jamais encore on ne l’a su et dit. Vous, comme autant d’intervalles du temps, espaces qui ne sont que trous de crible. Prodigues, vous, même du salon vide -, vous profonds, le soir, comme les forêts … Et comme un cerf, un seize-cors, le lustre traverse votre monde impénétrable.…

Être ou ne pas être

Les autres sont des morts, un nombre seulement, des impersonnes qui sont nées mortes dans leur époque dont elles ne toucheront jamais le vrai moment du doigt ; de mornes effigies qui se figurent – oh ! non pas être : cela se sent – mais avoir, avoir une vie parce qu’un temps les véhicule…