Zone Morte

Le problème avec une montée d’adrénaline qui n’est pas due à l’alcool, c’est qu’on ne peut pas l’entretenir. Quand l’accès de chaleur se dissipe, quand l’odeur pure de cordite brûlée est chassée par le vent, on se retrouve dans la même zone morte que celle dans laquelle vit un ivrogne. Le matin, on se réveille avec un bruit de fond qui est comme une télévision montée à plein volume sur un écran vide. Les rues semblent désertes, le ciel, indifférent, l’atmosphère, souillée d’odeurs industrielles qu’on n’associe pas avec le matin. Le soleil est blanc, comme une ampoule, et les arbres sont dépourvus d’ombre et de chants d’oiseaux. Tout ce qu’on touche est acéré, et l’incapacité et le remords semblent enrober toutes les pensées. Le monde est devenu une prison impitoyable où les images d’un instant d’erreur ne disparaissent pas avec le jour, et vous poursuivent où que vous alliez. On passe son temps à rationaliser, à se justifier, et on finit par endosser une personnalité qu’on ne reconnaît pas. C’est comme passer un coin et se retrouver dans une rue où il n’y a personne. On ne se remet pas facilement d’une expérience pareille.

 

James Lee Burke
La nuit la plus longue
Payot-Rivages / Noir 2007

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