Frères migrants

La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe — c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui…

Veilleur

Je te porte avec moi le long des murs osseux Je te porte et je sens tous les morts remonter du fond de leur lit creux Je guette l’arc-en-ciel Je cherche dans les ruines et la graine et le miel Je suis l’enfant perdu qu’un seul regard éveille Celui qui lève l’ancre quand la ville…

Révolutions

Un monde disparaît sous nos yeux, nous avons du mal à être les témoins de cette révolution, nous oscillons entre nostalgie, regret et attente, les yeux rivés sur la ligne d’horizon sans voir qu’elle se déplace avec nous, aussi intime à notre vision qu’au réel. Risquer la révolution, c’est peut-être, à un certain moment, avoir…

Espérer

Comment l’existence devient-elle quelque chose que l’on supporte, à quoi l’on sur-vit ? Par l’espérance. Ainsi se forment les marécages de la mélancolie ordinaire. Les marchés passés avec la soi-disante économie du réel, et pour prix de cette résignation, une autre vie rêvée. Et pourtant, l’espérance n’est-elle pas la première tâche ? Celle des mystiques,…

Zabor

Une conjecture : vous lisez un livre en commençant par sa fin. L’histoire remonte le temps au lieu de l’accomplir, en même temps que les pages s’altèrent, vieillissent, deviennent fines, fragiles. Vous les tournez et elles se modifient, de papier deviennent papyrus, chanvre, peau de chèvre, omoplates, écorces d’arbres, eau sous le doigt, constellations. Vous…