Le vin secret

Trop et trop peu de vin interdisent la vérité.  Pascal (1623-1662) Il me semblait parfois avoir tout un jardin sous le palais…Je me sentais lucide, joyeux, léger…L’arôme du vin, plus que le vin lui-même, me pénétrait dans les profondeurs de l’âme. Il m’allégeait le corps. Il m’ouvrait l’esprit. Je voyais clair, comme si je n’avais…

Rivière

Des jours entiers passaient, et plus tard leurs années, alors que je ne pensais qu’à mon obscurité à la dérive comme un pont contre le ciel. Jour après jour j’ai rêveusement cherché sa mélancolie, ses recherches, ses douces rives m’ont enveloppé, et sur mon cou s’allongeant mon baiser murmurait comme une blessure. Ma vie même…

Préludes

Le soir d’hiver choit dans les ruelles Parmi les relents de grillade. Il est six heures. Les mégots de jours enfumés. Voici que l’averse en bourrasque A nos pieds plaque Des bribes de feuilles souillées Et de vieux journaux arrachés Aux terrains vagues ; Contre les jalousies brisées Et les tuiles des cheminées L’averse bat…

A bon port

Heureux celui qui arrive à bon port, Qui laisse derrière lui les mers et les tempêtes, Dont les rêves sont morts ou jamais ne sont nés, Et qui s’assied, qui boit, à l’auberge de Brême, Près de l’âtre, et il se sent en paix. Heureux celui comme le sable des estuaires, Qui a posé le…

En vers

Dans toutes les civilisations, même celles qui sont encore dépourvues d’écriture, nombre de personnes, obscures ou illustres, éprouvent le besoin de s’exprimer en vers, et y satisfont : elles sécrètent ainsi une manière poétique qui s’adresse à elles-mêmes, à leur prochain ou à l’univers, matière vigoureuse ou exsangue, éternelle ou éphémère. Sans aucun doute, la…

Départ

Capitaine il est temps Levons l’ancre Déjà l’aurore est sur la ville Et la lune pâlit comme les souvenirs Où l’on va ? Je ne sais Mais les marins sont prêts Le vent est aux agrès L’inconnu nous accueille Par qui on redevient les enfants qu’on était Georges Haldas Poésie complète Vingt poèmes à la…

mon lourd désir de toi

Je ne sais pas pourquoi mais Port-Elisabeth toujours me fait penser à une escale heureuse avec un avenir d’écume et le sel de jours blancs. Des dimanches profonds comme un vin dans l’amphore et les chiens du printemps aux aguets vers la digue où, petit, je marchais, accompagnant mon père, au milieu du ressac, sur…

Messages indiens

(…) Le jour brillera de nouveau sur ta gorge sur ta poitrine, sur ton front, avant que la nuit des nuits ne descende sur ta race, sur tes villages, et comme tout sera humain : le cri, le bond, le rêve, l’amour, le repas. Aujourd’hui c’est toi, et demain un autre comme toi continuera l’attente.…

Amine, mon fils trisomique

Écorce d’un fruit rare, Il est le fruit de toutes les saisons Qui réchauffe nos hivers par sentences d’amour Une liberté qui nous ravage et nous étonne. S’il est imprévu c’est qu’il est un soleil sans caprice Dans un ciel trop clair pour nos yeux Il déborde de douceur qui embrase nos sentiments On dit…

La Grande Villa

Je pense grenouille et, appliquée, je me déploie, mes jambes s’ouvrent – je m’étire, je pousse et je glisse. Je m’étire, je pousse et je glisse, et la force et la lenteur ensemble disent quelque chose de la justesse. Faire lentement pour faire juste, comme quand je parle je cherche le mot qui rarement me vient…