Cœur de la forêt

VIII   Tous les arbres résonnent Et tous les nids chantent – Qui donc tient la baguette Dans le vert orchestre de la forêt ?   Est-ce là-bas le vanneau gris, Qui sans cesse hoche la tête, l’air important ? Ou est-ce le pédant qui tout là-bas Lance toujours en rythme son coucou ?  …

Nouveau printemps

I Assis sous l’arbre blanc Tu entends, au loin, crier les vents, Tu vois là-haut des nuages muets De grands brouillards s’envelopper ; Tu vois en bas, par la vie désertés, Prairies et bois comme entièrement rasés ; – Autour de toi, l’hiver, en toi, l’hiver, Et ton cœur qui en est gelé. Soudain tombent…

Orage de printemps

J’aime l’orage au mois de mai, Quand le tonnerre du printemps Roule dans le bleu d’un ciel frais, Comme jouant et folâtrant. . De jeunes craquements ricochent, L’averse gicle, la poussière vole, Des perles de pluie s’accrochent A des fils que le soleil dore. . Un torrent fou dévale la montagne, Dans les bois chantent…

Toujours

Toujours je languis de désir, Toujours mon âme vole vers toi, Dans la pénombre du souvenir, C’est ton image que je vois… Ta chère image, inoubliée, Partout, sans cesse, elle me suit, Inaccessible, inaltérée, Comme une étoile dans la nuit …   1848-1849 Fiodor Tiouttchev Poèmes Ed Interférences. 2018 Traduit du russe par Sophie Benech

Refont un

Apprends-nous        nuit A toucher ton fond A gagner             le non-lieu Où sel et gel             échangent leurs songes             où source et vent Refont un   François Cheng Qui dira notre nuit Ed Arfuyen. 2001   François Cheng

Un souffle consolant

Quand dans un tourbillon de soucis affligeants, Tout nous rebute et que la vie nous pèse Comme une pierre – en nous soudain se lève, Venu d’on ne sait où, un souffle consolant, Le passé nous enveloppe et nous protège, Et le fardeau pour un instant s’allège. Ainsi au plus fort de l’automne parfois, Quand…

Chômage monstre

les journées libres mais pas moi moi très contraint au contraire très lié sanglé à ma contradiction ma diction contre-air quand je travaillais je bégayais dire contre manquer d’air et trébucher dire quelque chose contre soi et se prendre pieds et mâchoire dedans s’asseoir sur ce qu’on dit bailler laisser s’ouvrir la bouche de l’ennui…

Quatrains T’ang

Souvent on regrette l’impuissance de la parole Devant la profondeur de nos pensées. Ce jour-là, on se regarde face à face, Comment s’exprimer les mille plis de notre cœur ?   LIEOU YU-SI (772-842) En regardant l’anneau du sabre Quatrains T’ang –Chant de palais Ed Héros-Limite. (1942) /2013 Trad française de LO TA-KANG  

L’Amour ?

(…) Je viens à mon tour, vous interroger sur les formes de l’amour et toutes ses merveilles. Qui d’entre vous peut me répondre ? Je viens vous interroger sur mon être et ce qui est en moi. Qui parmi vous peut révéler mon cœur à mon cœur, Et révéler mon être à mon être ?…