Brigitte Fontaine

Le feu en plein jour Superbe démon Vous change toujours En petit Néron Brigitte Fontaine Attends-moi sous l’obélisque Seuil/Archimbaud. 2006

La mondialité

C’est la mondialité qui incline notre idée de l’humain vers l’horizontale plénitude de ce qui vit sur cette terre. C’est elle qui tend à faire de cette humilité une fondation de partage, et de régulation par le partage qui n’est pas le “Marché”. Elle n’installe aucun de ces horizons économiques qui scellent et qui enferment…

Marée basse

Le verre brille sur le zinc de ce petit café où s’échoue la nuit aux coins du jour où parmi les foulards et les châles Maints sanglots montent à la gorge du buveur S’arrêtent et finissent en un éclat de rire   Le verre brille sur le zinc de ce petit café Parce qu’une goutte…

Frères migrants

La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe — c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui…

Veilleur

Je te porte avec moi le long des murs osseux Je te porte et je sens tous les morts remonter du fond de leur lit creux Je guette l’arc-en-ciel Je cherche dans les ruines et la graine et le miel Je suis l’enfant perdu qu’un seul regard éveille Celui qui lève l’ancre quand la ville…

Zabor

Une conjecture : vous lisez un livre en commençant par sa fin. L’histoire remonte le temps au lieu de l’accomplir, en même temps que les pages s’altèrent, vieillissent, deviennent fines, fragiles. Vous les tournez et elles se modifient, de papier deviennent papyrus, chanvre, peau de chèvre, omoplates, écorces d’arbres, eau sous le doigt, constellations. Vous…

Chemin de montagne

A l’extrémité des nuages blancs A l’infini s’étire un sentier Le printemps longe un long ruisseau bleu De temps à autre des pétales tombent à l’eau Leur parfum se répand au lointain Une porte s’ouvre sur le chemin de montagne Un pavillon de lecture s’isole derrière des rangs de saules Des points lumineux se faufilent…

ne pense à rien

Je ne pense en ce moment à rien Et cette chose centrale, qui n’est rien du tout M’est aussi agréable que l’air de la nuit, Frais par contraste avec l’été chaud du jour. Je ne pense en ce moment à rien, que c’est bon ! Ne penser à rien C’est avoir notre âme propre et…

Al que quiere !

Les chants d’oiseaux extatiques martèlent la creuse immensité du ciel dans un cliquetis métallique – fouettant la couleur dans le lointain, – fouettant, fouettant avec une ardeur croissante, triomphante – l’excitant, l’échauffant, éveillant en elle un changement irradiant, – explosant sauvagement contre elle tandis que, scindant l’horizon, un lourd soleil se soulève – est soulevé…

Imaginaire

Par Son charme Elle Donnait A Ses robes De L’imaginaire.     Malcom de Chazal Poèmes Ed Jacques Pauvert 1968