Le Rêve

[…] Sans aller jusqu’à penser qu’il soit un message divin, un rêve n’est-il pas toujours une apparition surprenante, même le plus absurde, quelque chose comme une déchirure significative dans le voile mystérieux qui tombe en nous et de ses mille plis recouvre notre vie profonde ? […] Le rêve, à ce qu’il me paraît, est…

Défaisons les différences

(…) ta panique ne peut me dépêcher ici et ma panique et mes épaules pendantes nos vies sans vergogne sont les graines semées pour une offrande devant les hauteurs bouleversantes de notre amour et l’autre versant de ton angoisse est un hamac de sueur et de gémissements et des générations du papillon s’accouplent et tombent…

Cheminer

Chemins qui ne mènent nulle part entre deux près, que l’on dirait avec art de leur but détournés,   chemins qui souvent n’ont devant eux rien d’autre en face que le pur espace et la saison. . Rainer Maria Rilke Les quatrains valaisans.31. Gallimard. 1926

Ondine

Se creuse un nombril d’écume au milieu d’un ventre d’algues à travers sangs et courants on distingue les vertèbres qui se cambrent sous le sel   Un bras nageant va rejoindre un autre bras qui devient une jambe s’enfonçant comme une queue de sirène dans un tourbillon d’écailles   Les pieds des vagues descendent les…

A une jeune nonne

Cet amour sans exigence que nos naissances décalées ont acquis pour nous – Toi dans ta génération moi dans la mienne. Je ne suis pas celui que tu cherches. Tu n’es pas celle  que j’ai cessé de chercher. Avec quelle douceur le temps nous congédie tandis que bras dessus bras dessous nous franchissons le Pont…

Orchestrer le repli

Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus…

Une pierre

Viens, que je te dise, à voix basse Un enfant dont je me souviens, Immobile comme il resta A distance des autres vies.   Il n’a pas rejoint au matin Ceux qui jouaient dans les arbres A multiplier l’univers, Ni couru à travers la plage Vers plus de lumière encore. Vois, pourtant il a continué…

Masques

Masques ! Ô Masques ! Masque noir masque rouge, vous masques blanc-et-noir Masques aux quatre coins d’où souffle l’Esprit Je vous salue dans le silence ! Et pas toi le dernier, Ancêtre à tête de lion. Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme, à tout sourire qui se fane Vous distillez cet…

La guerre et le monde

[…] . La terre pourrit. Les feux des lampes font exploser sa croûte par une montagne d’ampoules ; tremblant de l’agonie des villes, les gens meurent dans les trous de la pierre.   Les médecins en ont tiré un de son cercueil pour comprendre ces pertes inouïes parmi les hommes ; dans l’âme rongée, microbe…