La longue route de sable

De Taranto à Santa Maria di Leuca, Juillet Je vole le long de la côte la moins connue d’Italie: je suis happé par un tel bonheur à voir les choses que j’en deviens presque aveugle. En fait, tout ici tend vers le non-être: la côte plate, les villages arabo-normands (arabes dans la partie modeste, normands…

Belsunce

Halte, ô voyageur, habite un peu de temps en ces lieux dédaignés. Et toi, capitaine du nord, barbe jaune des mers océanes, hale un peu ton foc en dedans, au lieu de courir toujours la Canebière et de gagner, sans escale, ton cargo qui repart tantôt pour Londres ou pour Bombay. As-tu bien vu Belsunce…

dix-huit ampoules, trente-deux-jours

Bien qu’il n’eut encore aucune idée du geste que pourrait impliquer le fait d’écrire un portrait, il avait une certaines idée de sa possible durée – comme il peut deviner à quelle distance se trouve un homme qui marche dans la nuit sans pour autant le reconnaître. Il avait dès le départ exclu la rapidité,…

Soie

A l’extrémité opposée du village on apercevait le palais d’Hara Kei, à peine plus haut que les autres maisons mais entouré de cèdres énormes qui en défendaient la solitude. Hervé Joncour resta quelques instants à l’observer, comme s’il n’y avait rien d’autre, jusqu’à l’horizon. Ce fut ainsi qu’il vit, tout à coup, le ciel au…

Invisibles

Nous sommes tout à fait normaux, il n’est pas prévu d’autre plan que celui d’être normaux, c’est une inclination dont nous avons hérité par le sang. Durant nos générations nos parents ont travaillé à limer la vie jusqu’à lui retirer toute évidence -la moindre aspérité qui pourrait nous signaler au regard éloigné. Avec le temps,…

Phosphorescence de la vie courante

J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales – et cela à force de les observer avec une attention soutenue et de façon presque hypnotique. Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et…

Charlotte

Revenons en 1933 Charlotte ne croit plus que la haine puisse être passagère. Il ne s’agit pas de quelques illuminés, mais de toute une nation. Une meute assoiffée de violence dirige le pays. Au début du mois d’avril s’organise le boycott des biens juifs. Elle assiste au défilé dans la rue, au saccage des boutiques.…

La promesse de l’aube

Elle avait quelque chose de douloureux et de pathétique dans le visage, ce qui renforçait l’impression que j’avais de lui accorder aide et protection, alors que c’était, au contraire, moi qui cherchais à m’accrocher à la première bouée féminine flottant sur mon chemin. Pour faire face à la vie, il m’a toujours fallu le réconfort…

Glaneurs de rêves

Puis nous avons grandi et nous avons été obligé de nous séparer; ils n’étaient plus là pour écouter les récits de mes expéditions. J’ai écrit, j’ai dessiné, ou je les ai laissés s’envoler. sans autre dessein que l’acte même d’atterrir dans les orties et d’être ramassés par un glaneur plein de compassion pour l’infime. Le…

L’air était carnaval

L’air était carnaval, saisissement pur. J’ai ouvert la porte grillagée et je suis sortie. J’ai senti l’herbe crépiter sous mes pieds. Je sentais la vie -un charbon ardent jeté sur un cœur de foin. Je me suis couvert la tête. Je me serais volontiers couvert les bras, le visage. Sans bouger j’ai regardé les enfants…