Charlotte

Revenons en 1933 Charlotte ne croit plus que la haine puisse être passagère. Il ne s’agit pas de quelques illuminés, mais de toute une nation. Une meute assoiffée de violence dirige le pays. Au début du mois d’avril s’organise le boycott des biens juifs. Elle assiste au défilé dans la rue, au saccage des boutiques.…

La promesse de l’aube

Elle avait quelque chose de douloureux et de pathétique dans le visage, ce qui renforçait l’impression que j’avais de lui accorder aide et protection, alors que c’était, au contraire, moi qui cherchais à m’accrocher à la première bouée féminine flottant sur mon chemin. Pour faire face à la vie, il m’a toujours fallu le réconfort…

Glaneurs de rêves

Puis nous avons grandi et nous avons été obligé de nous séparer; ils n’étaient plus là pour écouter les récits de mes expéditions. J’ai écrit, j’ai dessiné, ou je les ai laissés s’envoler. sans autre dessein que l’acte même d’atterrir dans les orties et d’être ramassés par un glaneur plein de compassion pour l’infime. Le…

L’air était carnaval

L’air était carnaval, saisissement pur. J’ai ouvert la porte grillagée et je suis sortie. J’ai senti l’herbe crépiter sous mes pieds. Je sentais la vie -un charbon ardent jeté sur un cœur de foin. Je me suis couvert la tête. Je me serais volontiers couvert les bras, le visage. Sans bouger j’ai regardé les enfants…

Quadrille

L’esprit d’un enfant est pareil à un baiser sur le front – ouvert et désintéressé. Il virevolte comme virevolte la ballerine au sommet d’un gâteau d’anniversaire avec ses étages de glaçage toxique et sucré. L’enfant, dérouté par l’ordinaire, entre sans effort dans l’étrange, jusqu’à ce que la nudité l’effraie, le confonde; là il cherche une certaine…

Sous le voile de la beauté

Elle était prodigieusement belle, avait dit William. Mais la beauté n’était pas tout. La beauté avait son inconvénient – on l’évoquait trop facilement, trop complètement. Elle figeait la vie – la glaçait. On oubliait les petits frémissements; un rosissement, une pâleur, telle étrange altération des traits, telle ombre ou telle lumière, qui rendaient le visage…

De bonne heure

C’est un bonheur que de se promener ainsi de bonne heure, les sens rajeunis, l’âme purifiée après s’être plongé et avoir longuement bu aux flots salutaires du nocturne Léthé. On envisage avec une robuste confiance le jour qui vient, mais on éprouve une hésitation délicieuse à le commencer. Il semble qu’on ait reçu en présent,…

Vers le phare

Ils venaient là régulièrement chaque soir, poussés par quelque besoin intérieur. Comme si l’eau faisait flotter, faisait voguer des pensées devenues stagnantes sur la terre ferme, et procurait à leurs corps mêmes une espèce de détente physique. D’abord, la vibration de la couleur inondait la baie de bleu et le cœur se dilatait lui aussi…

Journal

Dimanche (Pâques) 20 avril En proie à cette impression de désœuvrement qui succède toujours à un long article ( et Defoe est le second article de tête que j’écris ce mois-ci ), j’ai sorti ce journal et je l’ai lu comme on relit toujours ses propres écrits, avec une sorte d’avidité coupable. Je confesse que…

Pessoa: se multiplier pour n’être personne

Un artiste, un écrivain particulièrement, dispose de la possibilité de se décharger de soi et de multiplier les personnages dans les fictions qu’il écrit ou dans sa propre existence en prenant un pseudonyme ou en conjuguant des hétéronymes comme chez Pessoa. Il est ici et ailleurs, c’est à dire nulle part et partout. Manière habile…